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vendredi 22 février 2019

NOËL MITRANI à sa manière

La Presse+ Édition du 22 février 2019 

ENTREVUE avec NOËL MITRANI 

André Duchesne

 

Noël Mitrani et sa fille Natacha

Cinéaste travaillant de façon indépendante, Noël Mitrani propose, avec des films tels The Kate Logan Affair et Le militaire, des œuvres au regard très singulier. Dans Cassy, son nouveau film présenté aux Rendez-vous Québec cinéma (RVQC), il raconte l’histoire d’une fillette (Natacha Mitrani) prise entre l’amour de Maya (Ayana O’Shun) qui comble l’absence de sa mère qui est morte et le comportement dégoûtant de son père Karl (Stéphane Krau). 


C’est votre troisième film indépendant. Est-ce conditionné par des refus de financement ou une volonté à naviguer hors norme?

Un peu des deux. J’ai de la difficulté à me faire financer. Lorsque je propose des scénarios aux institutions, j’ai du mal à me faire comprendre. Mes films sont souvent massacrés par les analystes de la SODEC et de Téléfilm. À la fin, je ne les reconnais plus. Je me perds là-dedans alors que j’ai la conviction d’avoir quelque chose de personnel à dire. Le mieux est d’essayer de m’exprimer seul même si je n’ai pas beaucoup d’argent.

Cela donne-t-il davantage de libertés ?

mercredi 20 février 2019

Le cinéaste Noël Mitrani a confié le rôle principal à sa fille Natacha

Cinq films à voir aux RVCQ

Le Journal de Montréal
La 37e édition des Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ), qui prend son envol mercredi soir, propose une sélection de plus de 300 films dont plusieurs seront présentés en première mondiale. Parmi les cinq à ne pas manquer :
    
Cassy

Ayana O'Shun et Natacha Mitrani dans Cassy
Le cinéaste montréalais Noël Mitrani (Sur la trace d’Igor Rizzi) a confié le rôle principal de ce nouveau film indépendant à sa fille Natacha, qui se glisse dans la peau d’une fillette de neuf ans, butée, renfermée et en colère. Ayant récemment perdu sa mère dans un accident mystérieux, elle retrouvera un semblant de bonheur auprès d’une professeure de chant. Présenté en première mondiale samedi à 11 h à la Cinémathèque québécoise.

Cinq films à voir aux RVCQ

lundi 18 février 2019

RVQC : «Cassy», l'oeuvre totale de Noël Mitrani

QUI FAIT QUOI Le 18 février2019
Article rédigé par Frédéric Bouchard.
   | 
Le cinéaste Noël Mitrani
Cinquième long métrage de Noël Mitrani, « Cassy » est un film qui s’est créé dans l’urgence. À peine venait-il de terminer l’écriture du scénario que le réalisateur a cherché à mettre en images son film avec comme point de départ une fillette de dix ans venant de perdre sa mère et qui est confrontée à l’arrivée d’une femme prénommée Maya dans son quotidien. Refaisant équipe avec sa fille Natacha Mitrani à la suite d’« Après coup », qui campe ici le personnage-titre, le cinéaste avait envie de redonner un rôle à cette enfant qui nourrit un rapport très naturel à l’image et au jeu.

« Je voulais traiter du fait que cette petite fille ressente l’absence de sa mère et vit un conflit très fort avec son père, explique Noël Mitrani en entrevue avec Qui fait Quoi. Et puis, je voulais traiter d’harcèlement, mais pas directement comme sujet frontal. Par contre, j’ai voulu l’aborder de biais. Ça apparaît de manière inattendue. Aussi, tous les hommes et toutes les femmes se sentent concernés par ce sujet. »

À la réalisation, le cinéaste a voulu privilégier l’approche la plus naturelle possible. Ainsi, étant donné la sensibilité des sujets, le deuil et le harcèlement, il n’a remis aucun dialogue ni aucune précision de décors aux acteurs. Désirant éviter toute forme d’intellectualisation de leur part, il a ainsi imaginé les répliques quelques minutes avant que la caméra ne roule.

« Ce n’est pas de l’improvisation, assure-t-il. J’ai travaillé dans une concentration telle que je savais exactement ce que je voulais et j’ai tourné dans l’ordre du film. Parce que je me disais qu’on pouvait construire le film avec les comédiens à mesure que l’on avance. Ce qui fait que les dialogues étaient toujours justes parce qu’on savait ce que l’on avait fait et on n’était pas complètement déconstruit dans notre tête. »

À la direction photo, Noël Mitrani a collaboré pour la toute première fois avec André Paul Therrien, un habitué des documentaires « en coulisses » produits par les studios américains. La consigne qu’il a donnée à son collègue était de proposer une belle image, certes, captée en lumière naturelle, mais où sont favorisés les acteurs et les situations de jeu. « Les acteurs décidaient du déplacement et non pas la caméra. Ils se déplacent organiquement à l’endroit où ils ont besoin d’aller et André Paul devait les suivre, toujours avec un petit temps de retard », précise le réalisateur.

Portant également le chapeau de producteur, il n’a pas tenté sa chance auprès des institutions pour obtenir du financement. Voulant à tout prix que son projet se concrétise, et ce, rapidement, le cinéaste n’a voulu faire aucun compromis créatif et a cherché à profiter d’une liberté absolue. « C’est un film qui vient des tripes et qui est tellement personnel. Aucune personne n’est intervenue sur le contenu. Ce film est ce que j’ai voulu qu’il soit », insiste-t-il.

D’ailleurs, Noël Mitrani ne préfère faire aucune distinction entre ses différents rôles lorsqu’il aborde un projet comme « Cassy ». Ici accessoiriste, directeur artistique et scripte, il estime que ces postes représentent également une forme d’écriture. « Chaque chose qui apparaît à l’image je l’ai désirée personnellement sans avoir à la transmettre à quelqu’un. C’est une oeuvre totale. C’est ça un vrai film d’auteur », déclare-t-il.

Natacha Mitrani dans Cassy


« Cassy » est présenté en première québécoise le samedi 23 février à 11h à la Cinémathèque québécoise.
RVQC : «Cassy», l'oeuvre totale de Noël Mitrani

jeudi 7 février 2019

Cassy : un drame naturaliste et poignant

Cassy 
Un film de Noël Mitrani
SAMEDI 23 FÉVRIER > 11h00
Cinémathèque québécoise > salle Fernand-Seguin

«Un triangle de personnages marqués par l'amour, le deuil et bien des secrets se heurte dans ce drame naturaliste et poignant, au ton très intime.»

«A triangle of characters affected by love, grief and burdensome secrets collide in this poignant and intimate naturalist drama.»

https://rendez-vous.quebeccinema.ca/uploads/document/_rdv_programmevirtuel2019_13moavec_liens.pdf

Cassy : un récit très contemporain où se mêlent brutalité et tendresse

 Après Le militaire et Après coup, Noël Mitrani signe son troisième long métrage d’affilée produit sans l’aide des institutions. Mettant en vedette sa propre fille, la craquante Natacha, le réalisateur de Sur la trace d’Igor Rizzi (prix du meilleur premier film canadien au TIFF en 2006) et The Kate Logan Affair nous convie avec Cassy dans un récit très contemporain où se mêlent brutalité et tendresse et au cours duquel une fillette redécouvre peu à peu l’amour d’une mère de substitution. (Samedi 23 février à 11h)

 23 février 2019 | 11 H
Cinémathèque québécoise
Réserver

http://www.filmsquebec.com/quatre-primeurs-mondiales-a-decouvrir-aux-rvqc-2019/

jeudi 7 juin 2018

Tournage du nouveau film de Noël Mitrani: "Cassy"

Le tournage du cinquième long-métrage de Noël Mitrani, intitulé "Cassy", vient de s'achever à Montréal. La fille du réalisateur Natacha Mitrani partage l'affiche avec Ayana O'Shun et Stéphane Krau.

Noël Mitrani explique une scène à Stéphane Krau.

Stéphane Krau et Natacha Mitrani tournent une scène.

Dernier jour de tournage: Ayana O'Shun, Natacha Mitrani et Noël Mitrani posent ensemble.
Le cinéaste Noël Mitrani est aussi le producteur du film. Il a réuni une petite équipe de choc composée d'André Paul Therrien à l'image, de Justin Vanier au son et de Kevin Halgand comme assistant. 

Natacha Mitrani : clap de fin !
 "Cassy" raconte l'histoire d'une petite fille qui a perdu sa mère et qui doit faire face à une relation conflictuelle avec un père difficile. Deux histoires s’entremêlent: on assiste d'un côté au deuil bouleversant de la petite Cassy, et de l'autre au comportement révoltant de son père qui harcèle une jeune femme qui est entrée dans leur vie. L'interprétation des acteurs est d'une vérité poignante. 

samedi 18 novembre 2017

Laurent Lucas : "Je n'avais jamais joué un personnage qui subit un bouleversement continu."

Cet entretien a été réalisé en février 2017, quelques mois après le tournage. Laurent Lucas, qui vient de visionner le film dans sa version montée, répond aux questions du réalisateur Noël Mitrani et du journaliste Fouad Sassi. 

 

Laurent Lucas : "Il a fallu que je gère le morcellement des émotions."

NM : Après coup est notre quatrième film ensemble. Tu joues un patient qui vit une expérience psychothérapeutique pour tenter de soigner un état de stress post-traumatique. C’est un rôle extrêmement émotionnel.

C’est le film dans lequel la partie émotionnelle a été la plus forte dans tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Sur ce film, il a fallu que je gère le morcellement des émotions, sans rien manquer.  Je n'avais jamais joué un personnage qui subit un bouleversement continu, l'enjeu était de ne jamais relâcher à ce niveau-là. À partir du moment où le drame survient, mon personnage est totalement bouleversé à chaque instant. Ce qui est beau c’est que j’ai ressenti profondément toutes les phases du personnage. C’est répertorié, on rentre dans un schéma : le moment d’abattement, le moment de déprime, le moment d’euphorie parce que ça va mieux, le moment d’espoir, le moment de courage. J’ai eu l’impression de vivre toutes ces étapes physiquement. On décrit le parcours d’un patient. Même dans les moments où c’est vécu intérieurement de ma part, on sent ce parcours à travers ma femme qui m’accompagne.

NM : Est-ce que tu pensais que le tournage serait aussi intense que le scénario le laissait entrevoir?

Oui parce que quand j’ai travaillé le texte pendant l’été, je sentais bien ce que ça allait demander. En plus ma mère venait de mourir depuis peu de temps, et je n’ai pas hésité à me servir émotionnellement de sa mort pour travailler. Après au tournage, au contraire j’ai essayé de ne pas y penser, d’être sur les enjeux du personnage, mais je les avais tellement déclenchés grâce à l’état émotionnel que j’avais avec la mort de ma mère que j’ai rejoint rapidement le personnage.

NM : Tes émotions étaient à fleur de peau, je ne t’avais jamais vu comme ça.

Je ne me le disais pas, mais pour jouer ce personnage, il fallait que je garde ce niveau, que je me maintienne dans cette zone. Je ne pouvais pas décrocher, sortir de ça en allant vers quelque chose de confortable émotionnellement quand la journée de tournage était terminée. Sinon, j’aurais perdu mes sensations.

NM : Tu m’avais dit que ça t’avait vidé comme jamais, que tes nuits étaient agitées.

Oui ça travaillait dans mon sommeil, je me réveillais en pleine nuit avec des scènes du film et du tournage, c’était trop chargé dans la journée pour que la nuit soit paisible. Les gros moments émotionnels nous vident. Comme certaines engueulades avec nos proches, ça nous remue, ça nous bouleverse. Sauf que là ce n’est pas un moment ponctuel dans une journée, on doit refaire six/sept fois la même chose tous les jours, pendant tout le tournage.

FS : Donc ce n’est pas un cliché l’acteur qui n’arrive pas à sortir du rôle en dehors du tournage?

Quand le rôle est demandant, tu as un réflexe en tant que comédien de ne pas quitter ça. Plusieurs rôles m’ont mis dans cet état. On entend parler d’acteurs un peu déséquilibrés dans la vie, ou bipolaires, pour eux ce n’est pas évident, ça les perturbe drôlement parce qu’ils doivent avoir du mal pendant un tournage ou après à revenir à la normalité. Il y a même des problèmes d’identité qui se posent dans ces cas-là. Le jeu et les émotions qu’ils jouent viennent interférer avec ce qu’ils pensaient être.

FS : Ça ne te fait pas peur de vivre ça?

Non parce que je sais que c’est un processus, tu ne t’en rends pas compte sur le moment, c’est à la fin quand tu reviens à la vie normale que  tu prends conscience que tu étais comme dans un tunnel émotionnel. Maintenant j’ai l’expérience pour gérer ça, pendant notre tournage je voyais bien qu’il y avait quelque chose qui me conservait dans ce niveau d’émotion pour y retourner plus facilement le lendemain. En plus, pendant qu’on tournait Geneviève [sa conjointe] est allée chez ses parents avec Charlie [sa fille], donc j’étais tout seul, dans les bonnes conditions pour conserver cet état.

NM : Tu as fait un travail d’intériorité tellement fort que ça nous permet de supporter de longues scènes de thérapie sans jamais qu’on s’ennuie en les regardant.

Il y avait deux choses : à la fois j’étais dedans et il y avait Mohsen [El Gharbi] qui, dans son appréhension à devoir jouer autant de texte, était vraiment sur moi et je lui donnais tout ce qu’un patient peut donner à un thérapeute. Mohsen donnait l’impression de scruter chacune de mes réactions. Entre lui et moi, on avait ce qu’il fallait des deux côtés. Et puis le montage a emmené le film encore plus loin. C’était écrit plutôt film d’auteur dans la structure, on commençait par les scènes avec la famille et d’un coup : début de la thérapie EMDR. Là, tu as drôlement modifié par rapport à l’écriture, tu as commencé la thérapie beaucoup plus tôt, en déstructurant, c’est très réussi.

NM : D’habitude quand on fait un film on a envie que ça marche, mais avec celui-ci je me dis qu’il faut que les gens le voient comme quelque chose d’utile.

Geneviève a dit que ça pouvait faire du bien à beaucoup de personnes, c’est ça qu’elle a ressenti, en plus de pleurer du début à la fin. C’est un film bouleversant mais aussi il y a des gens qui pourraient être reconnaissants vis-à-vis de toi pour avoir raconter ça, du point de vue du malade, de l’accompagnateur, du soignant, de la famille. Il y a pleins de gens qui vivent des choses comme ça aujourd’hui, et avec le film il peut y avoir un rayonnement. Tu mets les gens dans une salle, c’est certain qu’ils ne peuvent pas ne pas être touchés par cette histoire. Laurence [Dauphinais] qui joue ma femme est drôlement attachante, et Natacha [Mitrani] est magnifique. Ce qui s'est passé avec Natacha sur ton film, c'est exceptionnel, je n'avais jamais vécu ça avec un enfant, ça sortait droit, juste, pas les petites intonations qu'on entend d'habitude avec les enfants. Elle intégrait parfaitement tout ce que Noël lui disait de faire.

jeudi 26 octobre 2017

Danyel Turcotte reçoit Noël Mitrani sur Radio VM - 91,3fm

Culture à la carte - édition cinéma
Émission diffusée le Jeudi 19 octobre 2017 - 17h45
Entrevue avec Noël Mitrani , scénariste & réalisateur du film "Après Coup"
Animé par : Danyel Turcotte
Radio VM - 91,3fm - radiovm.com - Montréal

DT : Comment vous est venu l’idée d’écrire ce scénario? 

NM : Ça peut paraître contradictoire mais j’avais envie de faire un film positif, à partir d’une idée assez dure : la mort d’un enfant et les conséquences psychologiques qui viennent avec. Mais comme je dis toujours, j’aime faire un film dramatique mais pas dramatisant. Je ne veux pas infliger quelque chose au spectateur, je veux lui apporter une proposition de bien-être. Avec ce film j’avais envie de faire du bien aux gens. 

DT : Ça fonctionne extrêmement bien. Le personnage principal joué par Laurent Lucas a beaucoup de difficultés à accepter de se faire aider. Ce n’est pas sa fille qui est victime de l’accident mais l’amie de sa fille. Mais il s’implique autant que si c’était sa fille.

NM : Dans les deux cas il y a la souffrance vis-à-vis de la mort d’un enfant, mais je ne voulais pas traiter directement la mort de son propre enfant, parce que d’abord c’est quelque chose qui a souvent été fait, et puis je ne voulais pas que ce soit une souffrance immédiate de la perte de l’enfant parce que ça c’est un autre sujet. Là le sujet c’était le sentiment de culpabilité lié à ça. Le personnage joué par Laurent Lucas développe un syndrome de stress-post-traumatique, il ressent une profonde culpabilité parce que c’est lui qui a dit à la petite fille de rentrer chez elle à un moment précis et que c’est à ce moment que s’est produit l’accident. Il se dit : «Si je ne lui avais pas dit de partir à ce moment-là, elle ne serait pas morte. » À partir de là, il développe un énorme traumatisme psychologique, là est le thème du film. 

DT : Cette thérapie, existe-t-elle vraiment? 

NM : Oui elle existe depuis une trentaine d’années, elle a été découverte aux États-Unis. On s’est rendu compte que le traumatisme correspond à une image dans notre cerveau. On pense que le traumatisme est quelque chose d’abstrait qui se promène dans le cerveau et qu’on n’est pas capable de l’identifier, mais en fait on s’aperçoit que c’est une image. Et cette image fera moins souffrir selon qu’elle sera placée à un endroit ou un autre du cerveau. Toute la thérapie EMDR consiste à faire se déplacer cette image traumatisante d’une place du cerveau à une autre. Si cette image est à la place qui lui correspond, on souffrira moins, il s’agit d’une grande découverte. L’EMDR permet de faire de façon éveillée ce que le sommeil fait en temps normal. Les gens le savent peu mais le but du sommeil est de classer les informations de la journée, la fatigue physique se répare vite, mais c’est le travail de classement qui est long, c’est pourquoi il nous faut des nuits complètes. Mais quand un traumatisme est trop fort, on a recours à cette thérapie, on crée une impulsion électrique en bougeant les yeux de façon latérale. Et ça marche. De nombreuses victimes d’attentats, notamment celles de Paris en 2015, sont passées par l’EMDR pour soigner leurs problèmes. Ce n’est pas magique, c’est un soutien et ça soulage. 

DT : Vous avez dirigé votre fille Natacha Mitrani dans le film. On voit fort bien qu’elle est dans un monde de cinéma dans sa vraie vie, parce qu’elle est vraiment excellente, la caméra pour elle c’est comme si c’était une chaise, elle ne s’en occupe pas! Comment c’est de diriger sa fille?

NM : C’est probablement une des expériences les plus fortes que j’ai pu connaître dans ma vie. Chaque jour je suis heureux d’avoir fait ça avec elle. J’ai une très grande complicité avec ma fille. On a une relation de confiance qui est très forte. Natacha s’est présentée au tournage sans aucun stress, elle voulait bien faire mais elle n’a pas compromis ses capacités par du stress. Elle n’a pas joué en fait, elle a fait les scènes. Je ne l’ai pas du tout fait répéter avant. Je ne voulais rien endommager avant le tournage. Elle a appris son texte par cœur avec sa maman, sans chercher à le jouer, juste neutre. Et au tournage elle a été sublime, l’équipe était émerveillée par ce qu’elle donnait. 

DT : Quelle âge elle avait au moment du tournage? 

8 ans. 

DT : Mohsen El Gharbi, est-ce que c’est un vrai psychologue ou un comédien?

NM : Merci, c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire et lui faire! C’est un acteur. 

DT : Il est extraordinaire! 

NM : Oui. Il a trouvé le ton juste. Il est empathique. On comprend que d’être entre ses mains on va s’améliorer. 

DT : Vous avez eu aussi l’occasion de travailler avec Pascale Bussières, ce n’est pas un grand rôle mais c’est Pascale Bussières! 

NM : Pour moi il n’y a pas de grands et de petits rôles au cinéma. À partir du moment où une personne apparaît dans un film dramatique, chaque maillon est essentiel pour faire monter la dramaturgie. Pascale est venue sur une scène clé du film, qui se situe vers la fin, et elle a été remarquable, elle a complètement intégré son personnage en très peu de temps. Elle joue une scène extrêmement émouvante avec Laurent Lucas. J’étais heureux de pouvoir travailler avec Pascale Bussières. 

DT : Pouvez-vous nous donner un petit aperçu de ce que ça a été de faire ce film que j’adore et qui j’espère va être distribué?  Une idée de tout le travail que ça été pour vous, en plus vous faites vos films seul. 

NM : Seul, non pas exactement, je l’ai produit avec mon ami directeur photo Bruno Philip, qui a pris une part essentielle dans la production du film, et qui bien sûr a signé l’image qui est magnifique. Je produis mes films parce que je n’arrive pas toujours à me faire financer. Je fais un cinéma très personnel, un peu comme s’il fallait voir le film fini pour comprendre ce que je cherchais à faire. Même si après quatre long-métrages, je pense que maintenant les gens commencent à comprendre ma démarche, mais bon… Ce qui m’intéresse c’est que l’expérience de tournage se passe vite.  Par exemple sur mon film L’Affaire Kate Logan j’avais eu quelques millions, il y avait une grosse équipe et il nous fallait trois heures pour mettre le plateau en place entre chaque scène, c’était long, je trouvais qu’on perdait le fil. Alors que sur Après coup, on tournait une scène toutes les 45 minutes parce qu’on était une équipe réduite. Tourner vite, ça ne veut pas dire bâcler le travail, ça veut dire qu’on peut tourner vite parce qu’on a peu de monde à gérer. 

DT : Quand les comédiens tournent vite ils donnent ce qu’ils ont à donner, on le voit dans votre film, les personnages sont tellement à leur place, Laurent Lucas est fantastique! 

NM : Oui, Laurent donne une prestation au niveau des émotions qui est unique dans sa carrière, il est sorti vidé du tournage, lessivé, il me disait qu’il avait des nuits agitées.  Ce film l’a perturbé, travaillé, ému. Il en est sorti différent, ça m’a fait plaisir parce que c’était le but de ce projet. Laurence Dauphinais aussi est merveilleuse dans le film. Ça a été un bonheur de tourner avec elle, je voudrais lui rendre hommage parce que je pense qu’elle est le pivot du film, sans elle le film n’aurait pas sa colonne vertébrale. 

DT : C’est un film à voir. Il a été présenté dans le cadre du FNC, que sera la suite maintenant?

NM : Il faut qu’on trouve un distributeur. Mais le problème c’est que les distributeurs attendent derrière les subventions du gouvernement pour s’impliquer. Même s’ils aiment le film, sans subventions ils n’auront pas les moyens économiques pour sortir le film. C’est un peu triste mais c’est comme ça. Mais je pense qu’on peut espérer un soutien des institutions parce qua le film a un impact sur le public et sur la critique. 

DT : Je pense de toute façon qu’on va pouvoir le voir à la Cinémathèque très bientôt. 

NM : Oui et on le verra probablement aussi aux Rendez-Vous du Cinéma Québécois au début de l’année. Et pour ceux qui sont en Angleterre, le film est sélectionné dans un festival à Eastbourne en novembre. 

DT : Je veux qu’on en parle parce que ça mérite une bonne distribution, c’est un excellent film. Merci Noël Mitrani, on se revoit très bientôt. 

NM : Merci Danyel.

Vous pouvez aussi écouter cet entretien sur Youtube:
https://www.youtube.com/watch?v=d76javcvSV8