lundi 25 septembre 2017
samedi 23 septembre 2017
jeudi 21 septembre 2017
mercredi 13 septembre 2017
vendredi 8 septembre 2017
SUR LA TRACE D’IGOR RIZZI dans le dictionnaire des films de Jean Tulard
SUR LA TRACE D’IGOR RIZZI ٭٭
(Can., 2006) R., Sc. : Noël Mitrani ; Ph.
: Christophe Debraize-Bois ; Pr. :
Noël Mitrani, Pascal Maeder ; Int.
Laurent Lucas (Jean-Marc Thomas), Pierre-Luc Brillant (Michel), Isabelle Blais
(Mélanie), Emmanuel Bilodeau (Gilbert McCoy). Couleurs, 91min.
Jean-Marc Thomas, un ancien
footballeur, habite maintenant au Canada dans le souvenir de Mélanie, un amour
perdu. Ruiné, il se laisse entraîner par son copain Michel dans de minables
cambriolages – jusqu’au jour où on lui propose un contrat
plus important : éliminer un certain Igor Rizzi. Le problème, c’est qu’il
n’a jamais tué personne et qu’il ne sait même pas se servir d’une arme ! Il
accepte néanmoins. C’est alors qu’il se retrouve avec un cadavre sur les bras
(crime dont il est innoncent) et que la police (?) vient d’enquêter…
Un film dans la tradition du
thriller avec tueur à gages et cadavres à la clé, aux images sombres et presque
charbonneuses malgré la neige et cet hiver canadien. Mais il s’agit bien d’un
film noir, c’est surtout son humour distancié qui est noir. En de longues
séquences, avec maints détails incongrus, le réalisateur propose un portrait
original et inattendu d’un bras cassé de la criminalité. Laurent Lucas, le
visage barré d’une épaisse moustache, très pince-sans-rire, est étonnant dans
son interprétation « à froid ». Un film décalé et surprenant, plus
drôle qu’inquiétant.
-Claude
Bouniq-Mercier : C.B.M.
Jean Tulard, Le nouveau Guide des Films, TOME 4, Éditions Robert Laffont, 2010,
p. 504.
dimanche 20 août 2017
Après Coup : Photos de tournage (Août 2016)
mardi 4 juillet 2017
mercredi 19 avril 2017
"Après coup", un film de Noël Mitrani
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| Laurent Lucas dans Après coup |
![]() |
| Une famille aux prises avec un drame |
lundi 4 janvier 2016
Séquences rend hommage au film Sur la trace d'Igor Rizzi
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| Charles-Henri Ramond rend hommage au film Sur la trace d'Igor Rizzi dans Séquences (hiver 2015). |
vendredi 11 décembre 2015
After Shave, court-métrage, 1999, critique
Par Xavier Balin
Des chutes de pellicule 16mm
récupérées à France 2, une autorisation de tournage dans une grande surface de
la banlieue parisienne, l’accord du trépidant Sacha Bourdo qui venait de
briller dans Western de Manuel
Poirier et voilà le premier court-métrage de Noël Mitrani sur les rails.
Mitrani, qui s’essayait jusque-là à l’écriture de scénario, décide de se jeter dans
la mise-en-scène sur la recommandation de son ami réalisateur Michael Donio,
qui pour l’occasion lui confie l’intégralité de son équipe technique, à
commencer par le talentueux directeur photo Christophe Debraize-Bois. Le
tournage en conditions réelles dans un supermarché est d’autant plus rock’n’roll que Mitrani a trouvé le moyen deux jours plus tôt de se briser le
genou en glissant sur un trottoir enneigé du Boulevard Saint-Michel. C’est donc un
réalisateur en herbe juché sur des béquilles qui s’adonne à sa première réalisation. Le scénario est
simple, drôle, un brin pathétique : un marginal gagne sa vie en dégotant
l’article le plus couteux dans le caddie d’une cliente pour ensuite le lui
revendre sur le parking après l’avoir volé au préalable. La cliente en butte à
un dilemme morale ne peut résister à la tentation de payer un sèche-cheveux 30%
moins cher! Bien sûr ce petit manège finit par être repéré par un vigile aux
méthodes de cow-boy… L’enchaînement des situations fonctionne à merveille. Le
jeu des acteurs est tout en caricature mais l’effet comique est imparable. Et nous
avons droit à une scène de fin délicieusement pathétique dans laquelle une
bourgeoise jouée par Fabienne Galula s’humilie devant notre marginal dont elle
espère partager des ébats furtifs. Pour une première réalisation, Mitrani s’en
sort bien, il récolte une diffusion sur Canal+ et une critique assassine dans
Télérama.
CinéShort, numéro 35, 4 janvier 2007
![]() |
| Fabienne Galula et Sacha Bourdo dans After Shave de Noël Mitrani |
CinéShort, numéro 35, 4 janvier 2007
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samedi 2 mai 2015
Extrait Entretien avec Noël Mitrani - AcademieCine TV
Retrouver l'entretien complet sur Vimeo: https://vimeo.com/152822717
Dans cette entrevue, Noël Mitrani, réalisateur et scénariste, nous parle de son dernier film le Militaire sorti en 2014 et retrace son parcours de cinéaste.
vendredi 13 février 2015
Viol à la tire - Une farce pathétique
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| Sybille Claudel et Tony Gaultier dans le court-métrage Viol à la tire. |
Damien Pilar, critique parue dans le catalogue du Festival du court-métrage de Courteville, mai 2001.
Viol à la tire sur Youtube:
vendredi 5 décembre 2014
jeudi 16 octobre 2014
Un militaire livré à sa solitude
Le réalisateur Noël Mitrani a de la suite dans les idées. Après The Kate Logan Affair, récit d'une policière qui pète les plombs jusqu'à commettre l'irréparable, il propose Le militaire, film dans lequel un ancien soldat est miné par les démons du stress postraumatique.
L'uniforme semble le fasciner, suggère-t-on. Le cinéaste opine en riant.«L'uniforme est une démonstration de formalité, de régularité. Il incarne l'ordre dans la société. Mais derrière l'uniforme, il y a des êtres humains qui souffrent, rapelle M. Mitrani, dont le film sera présenté ce soir au Festival du nouveau cinéma. On parle toujours de la guerre d'un point de vue politique, en mettant l'accent sur les gouvernements. Mais des gens reviennent de la guerre dans un état lamentable.»
«Plus pathétique que pervers»
Dans une perspective plus large, Mitrani est fasciné par des personnages qui ont vécu quelque chose de très fort et qui vivent avec un passé chargé. Son long métrage Le militaire s'inscrit indéniablement dans cette lignée.
Incarné par Laurent Lucas, ce militaire s'appelle Bertrand. Il vit à Montréal dans un logement convenable. Sans aucune attache, il est gravement coupé du monde et vit dans un monde imaginaire fait de violence, d'ordre (regardez-le préparer ses oeufs), de méfiance. Son rapport aux femmes fait peur. Il les traque dans la rue et prend secrètement des photos d'elles.
Un jour, son petit manège est découvert dans un parc par Audrey (Noémie Godin-Vigneau), qui l'entraîne dans un jeu de chat et de souris. D'abord meurtri à son tour, Bertrand sera peu à peu amené à comprendre que sa vie ne va nulle part et entreprend péniblement de se prendre en mains.
«Ce personnage n'est pas un pervers, dit Mitrani. C'est un homme livré à sa solitude et qui a besoin d'amour. Il est plus pathétique que pervers. Il est complètement bloqué et est enfermé dans une règle, une rigidité, sans pouvoir s'ouvrir à des sentiments normaux et beaux.»
De bout en bout de ce long métrage, Laurent Lucas est d'une intensité hallucinante. Son personnage se construit un monde imaginaire auquel il croit. Dans une scène prenante, il passe une soirée romantique avec la femme du parc incarnée uniquement par son manteau rouge déposé sur un mannequin de corps féminin.
Lucas est l'acteur fétiche de Mitrani. Il avait déjà joué dans ses deux films précédents, Sur la trace d'Igor Rizzi et The Kate Logan Affair. Les deux hommes ont fait connaissance sur un plateau de tournage en France il y a plusieurs années. Ils se complètent parfaitement, indique le cinéaste.
«Nous avons une coordination incroyable en matière d'émotions et de sentiments, dit Mitrani à propos de son acteur. Je lui donne des actions à faire sans avoir besoin de lui en donner les motifs. On n'a jamais besoin d'intellectualiser les rôles. Je fabrique les personnages et Laurent leur donne toute leur humanité grâce à son jeu sobre et tout en finesse.»
Lucas a fait 18 mois de service militaire français. «Il en a conservé une expérience très forte, dit le réalisateur. Cela nous a beaucoup servis pour nourrir le personnage de Bertrand.»
Le film a été tourné en une quinzaine de jours en super 16 mm et de façon totalement indépendante, sans financement public. Cela a permis à M. Mitrani de faire quelques expériences intéressantes. «Le tournage s'est fait dans un état d'esprit documentaire, dit-il. Pour chaque scène, nous avons fait une seule prise. Je voulais que la situation dans laquelle je plonge le personnage ne se présente qu'une seule fois.»
Il a poussé l'instantanéité en laissant de l'espace à son scénario original faisant une quarantaine de pages. «J'ai écrit le tiers du film en me levant le matin, raconte-t-il. J'écrivais deux ou trois scènes à chaud le matin et j'ai adoré ça! Je n'aurais pas pu travailler de cette façon en cherchant du financement des institutions. Même chose avec la postproduction. J'ai mis presque un an à la polir.»
C'est ça, le cinéma d'auteur!
La Presse
Publié le 15 octobre 2014
http://www.lapresse.ca/cinema/festivals-de-cinema/festival-du-nouveau-cinema/201410/15/01-4809396-noel-mitrani-un-militaire-livre-a-sa-solitude.php
mercredi 1 octobre 2014
Les courts-métrages de Noël Mitrani
https://www.flickr.com/photos/55299003@N03/sets/72157625281998114/detail/
Sur Youtube:
After Shave: https://www.youtube.com/watch?v=C1qTWdiasSU
Mal Barré: https://www.youtube.com/watch?v=xm38XqKv1PU
Viol à la tire: https://www.youtube.com/watch?v=jyDmCmGZG7Q
Les Siens: https://www.youtube.com/watch?v=tD1sfZSy0rI
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viol à la tire
mercredi 24 septembre 2014
A minimalist psychological thriller
Every day, Bertrand scrupulously monitors his blood sugar level and
blood pressure. Every day, he meticulously irons the white shirt he
wears with his black suit. Every day, he breakfasts on fried egg yolks
and sliced white bread. And every day, he briefly ventures out with his
camera, photographing random young women to compile his fake memories.
One day, he even offers one of them $ 500 for her coat. Since returning
from Afghanistan with a leg injury, this French-born former soldier has
had trouble coming to grips with reality and overcoming his loneliness.
On the heels of Sur la trace d’Igor Rizzi and The Kate Logan Affair,
Noël Mitrani once again works with his favourite actor, Laurent Lucas,
casting him in a complex, murky role as a soldier adrift. Inhabiting
every shot with his undeniable presence, he’s the vulnerable and elusive
backbone of this minimalist psychological thriller. An entirely
independent production shot guerrilla-style in two weeks on the streets
of Montréal in Super 16, Le militaire pulls the audience into a
troubling downward spiral of paranoia.
– Helen Faradji
Festival du Nouveau Cinéma
– Helen Faradji
Festival du Nouveau Cinéma
lundi 7 juillet 2014
Entretien avec Noël Mitrani et Laurent Lucas dans Séquences
![]() |
| Le Militaire, couverture de Séquences mai-juin 2014 |
Propos recueillis par Élie Castiel
On sent, pendant
toute la projection, une urgence de tourner. Est-ce qu’il s’agit d’un projet
que vous caressiez depuis longtemps ? Pour parler du traumatisme des vétérans
de guerre peut-être?
Mitrani : En ce qui a trait à l’urgence de tourner, peut-être bien que si, même si je n’en suis pas tout à fait conscient. Mais par rapport au personnage, pour dire vraiment les choses, il s’est imposé progressivement et il n’était nullement question de présenter un vétéran de guerre en lutte contre ses propres fantasmes provoqués par le conflit. Le principe de base était de travailler sur un individu solitaire aux prises avec des traumatismes qui l’empêcheraient de faire face à la réalité, et plus particulièrement dans ses rapports avec les femmes. Ce qui est intéressant dans le personnage de Bertrand, c’est que sa rigueur morale, assimilée pendant son service à l’armée, contraste avec sa vie privée, plutôt à la dérive.
Et pourtant il s’agit d’un personnage séduisant, attachant même, justement parce qu’il n’obéit pas aux codes de comportement de la norme, même s’il n’en est pas tout à fait conscient.
Lucas : En quelque sorte, c’est un personnage issu de nos fantasmes. En tant que spectateurs, nous sommes disposés à entrer dans ce jeu à la fois pervers et captivant. En quelque sorte, Bertrand éveille chez les spectateurs quelque chose d’enfoui en eux, mais qu’ils n’osent avouer.
Mitrani : Le principe de base est que, d’une manière ou d’une autre, la majorité des hommes porte un degré de perversité qui, dans la plupart des cas, n’ose s’exprimer ouvertement, et tant mieux puisque ça ne serait pas gérable. La femme, elle, est plus nourricière et sensible.
Votre personnage de Bertrand est pratiquement de tous les plans. N’est-ce pas un poids plutôt lourd à assumer ?
Lucas : En fait, ce qui a rendu le tout facilement assimilable, c’est le fait que le personnage s’est construit au fur et à mesure du tournage. Néanmoins, si je le compare à tous les rôles précédents que j’ai tenus, soit ici ou ailleurs, celui de Bertrand s’est bâti entre le réalisateur et moi-même. J’aime bien cet échange qui, en fin de compte, devenait de jour en jour plus constructif. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que Noël arrivait chaque jour avec de nouvelles idées qui m’amenaient à faire des réformes quant au comportement de mon personnage, des changements auxquels je n’avais pas pensé auparavant. On dit souvent que le comédien est à 50 % la marionnette du réalisateur. Dans ce cas, j’ai senti que c’était plutôt de l’ordre de 90 %. Et tant mieux puisqu’au moment où on disait « Action ! », je reprenais les choses en main.
Mitrani : Ce qu’il est important de rappeler, c’est qu’un film se construit au fur et à mesure. Justement, au fur et à mesure que Laurent incarnait son personnage, il m’envoyait régulièrement des signaux pour l’enrichir. En fait, dès le départ, nous savions tous les deux de quoi il était question dans l’idiosyncrasie du rôle à défendre. Par ailleurs, je crois qu’il est important de souligner qu'à l'origine, nous avions l’intention de tourner Le Militaire comme s’il s’agissait d’un documentaire. Le documentaire, c’est souvent la caméra à l’épaule et qui va dans tous les sens. Mais en fait, ce n’est pas comme cela que ça s’est passé : nous avons fait comme si les situations ne se présentaient qu’une seule fois. Ce qui explique que 90 % des scènes, et sans doute plus, n’ont été tournées qu’une seule fois, et sans répétition. Une prise a suffi. Ce qui est important, c’est qu’il ne fallait pas endommager ou abîmer la nature même du personnage. Dans ce sens, si Laurent demeure constamment vrai, c’est que c’est l’heureuse conséquence de ce principe de mise en situation.
Pensez-vous que Le Militaire se situe comme le prolongement de votre démarche entamée avec Sur les traces d’Igor Rizzi ?
Mitrani : Je ne vois pas vraiment les choses de cette façon. J’ai l’impression que le dénominateur commun à mes trois films, c’est en grande partie mon intégrité face au métier de réalisateur, de voir les choses à ma façon. Par exemple, comme c’est le cas dans les films précédents, et autant dans Le Militaire, c’est que je passe très peu de temps à définir les plans. En fait, avant le tournage, Laurent et moi avons échangé très peu de mots. Nous étions vraiment dans l’économie, sauf si un imprévu se présentait. Les mises en place et les plans s’organisaient en quasiment 45 minutes plutôt qu’environ 3 heures comme c’est l’habitude dans la plupart des productions. Nous étions presque toujours plongés dans l’action. Le Militaire, dans ce sens, a pu se tourner en quelques jours.
Les seuls moments de grâce qu’on retrouve dans le film sont ceux de la rencontre entre Bertrand et Audrey, mais ce sont des moments furtifs.
Lucas : Toute personne normalement constituée est consciente qu’il est impossible de réaliser le désir d’accéder à l’autre en employant des méthodes irrationnelles. Dans son rapport à la femme, il est important de rappeler que Bertrand, poussé par son traumatisme et plus encore par son égocentrisme issu de sa douleur face à la solitude, est incapable de traverser la frontière qui nous mène vers l’autre avec calme et sérénité.
D’où le danger de rendre cette rencontre stérile.
Lucas : Tout à fait. Bertrand n’arrive pas à gérer ce rapport égalitaire qui aurait dû s’exprimer autrement. En fait, même dans la vraie vie, le rapport à l’autre, surtout lorsqu’il s’agit des premiers émois amoureux, n’est jamais simple au début. C’est une question d’apprentissage. Mais la peur du sexe, la peur de l’étranger, la peur des appréhensions, tous ces éléments font que Bertrand ne se trouve pas totalement à l’aise avec quelqu’un de nouveau face à lui; dans ce cas, Audrey.
Mitrani : En ce qui a trait à l’urgence de tourner, peut-être bien que si, même si je n’en suis pas tout à fait conscient. Mais par rapport au personnage, pour dire vraiment les choses, il s’est imposé progressivement et il n’était nullement question de présenter un vétéran de guerre en lutte contre ses propres fantasmes provoqués par le conflit. Le principe de base était de travailler sur un individu solitaire aux prises avec des traumatismes qui l’empêcheraient de faire face à la réalité, et plus particulièrement dans ses rapports avec les femmes. Ce qui est intéressant dans le personnage de Bertrand, c’est que sa rigueur morale, assimilée pendant son service à l’armée, contraste avec sa vie privée, plutôt à la dérive.
Et pourtant il s’agit d’un personnage séduisant, attachant même, justement parce qu’il n’obéit pas aux codes de comportement de la norme, même s’il n’en est pas tout à fait conscient.
Lucas : En quelque sorte, c’est un personnage issu de nos fantasmes. En tant que spectateurs, nous sommes disposés à entrer dans ce jeu à la fois pervers et captivant. En quelque sorte, Bertrand éveille chez les spectateurs quelque chose d’enfoui en eux, mais qu’ils n’osent avouer.
Mitrani : Le principe de base est que, d’une manière ou d’une autre, la majorité des hommes porte un degré de perversité qui, dans la plupart des cas, n’ose s’exprimer ouvertement, et tant mieux puisque ça ne serait pas gérable. La femme, elle, est plus nourricière et sensible.
Votre personnage de Bertrand est pratiquement de tous les plans. N’est-ce pas un poids plutôt lourd à assumer ?
Lucas : En fait, ce qui a rendu le tout facilement assimilable, c’est le fait que le personnage s’est construit au fur et à mesure du tournage. Néanmoins, si je le compare à tous les rôles précédents que j’ai tenus, soit ici ou ailleurs, celui de Bertrand s’est bâti entre le réalisateur et moi-même. J’aime bien cet échange qui, en fin de compte, devenait de jour en jour plus constructif. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que Noël arrivait chaque jour avec de nouvelles idées qui m’amenaient à faire des réformes quant au comportement de mon personnage, des changements auxquels je n’avais pas pensé auparavant. On dit souvent que le comédien est à 50 % la marionnette du réalisateur. Dans ce cas, j’ai senti que c’était plutôt de l’ordre de 90 %. Et tant mieux puisqu’au moment où on disait « Action ! », je reprenais les choses en main.
Mitrani : Ce qu’il est important de rappeler, c’est qu’un film se construit au fur et à mesure. Justement, au fur et à mesure que Laurent incarnait son personnage, il m’envoyait régulièrement des signaux pour l’enrichir. En fait, dès le départ, nous savions tous les deux de quoi il était question dans l’idiosyncrasie du rôle à défendre. Par ailleurs, je crois qu’il est important de souligner qu'à l'origine, nous avions l’intention de tourner Le Militaire comme s’il s’agissait d’un documentaire. Le documentaire, c’est souvent la caméra à l’épaule et qui va dans tous les sens. Mais en fait, ce n’est pas comme cela que ça s’est passé : nous avons fait comme si les situations ne se présentaient qu’une seule fois. Ce qui explique que 90 % des scènes, et sans doute plus, n’ont été tournées qu’une seule fois, et sans répétition. Une prise a suffi. Ce qui est important, c’est qu’il ne fallait pas endommager ou abîmer la nature même du personnage. Dans ce sens, si Laurent demeure constamment vrai, c’est que c’est l’heureuse conséquence de ce principe de mise en situation.
Pensez-vous que Le Militaire se situe comme le prolongement de votre démarche entamée avec Sur les traces d’Igor Rizzi ?
Mitrani : Je ne vois pas vraiment les choses de cette façon. J’ai l’impression que le dénominateur commun à mes trois films, c’est en grande partie mon intégrité face au métier de réalisateur, de voir les choses à ma façon. Par exemple, comme c’est le cas dans les films précédents, et autant dans Le Militaire, c’est que je passe très peu de temps à définir les plans. En fait, avant le tournage, Laurent et moi avons échangé très peu de mots. Nous étions vraiment dans l’économie, sauf si un imprévu se présentait. Les mises en place et les plans s’organisaient en quasiment 45 minutes plutôt qu’environ 3 heures comme c’est l’habitude dans la plupart des productions. Nous étions presque toujours plongés dans l’action. Le Militaire, dans ce sens, a pu se tourner en quelques jours.
Les seuls moments de grâce qu’on retrouve dans le film sont ceux de la rencontre entre Bertrand et Audrey, mais ce sont des moments furtifs.
Lucas : Toute personne normalement constituée est consciente qu’il est impossible de réaliser le désir d’accéder à l’autre en employant des méthodes irrationnelles. Dans son rapport à la femme, il est important de rappeler que Bertrand, poussé par son traumatisme et plus encore par son égocentrisme issu de sa douleur face à la solitude, est incapable de traverser la frontière qui nous mène vers l’autre avec calme et sérénité.
D’où le danger de rendre cette rencontre stérile.
Lucas : Tout à fait. Bertrand n’arrive pas à gérer ce rapport égalitaire qui aurait dû s’exprimer autrement. En fait, même dans la vraie vie, le rapport à l’autre, surtout lorsqu’il s’agit des premiers émois amoureux, n’est jamais simple au début. C’est une question d’apprentissage. Mais la peur du sexe, la peur de l’étranger, la peur des appréhensions, tous ces éléments font que Bertrand ne se trouve pas totalement à l’aise avec quelqu’un de nouveau face à lui; dans ce cas, Audrey.
Mitrani : Ce qui est important, c’est que nous n’avons
jamais intellectualisé le personnage. C’est sur la quête d’une certaine vérité
instinctive que le personnage s’est créé et imposé.
Ce qui équivaut sans doute à ce besoin primaire de parfois faire face à certaines situations.
Mitrani : Effectivement. C’est cet assemblage de presque naïveté et de naturel qui donne le sens au comportement de certains individus affectés. À mesure qu’on construisait le personnage de Bertrand, on commençait petit à petit à lui pardonner, à ne pas lui en vouloir. À nos yeux, et j’espère aussi aux yeux des spectateurs, il devenait simplement un personnage en déroute qui essaie de s’en sortir.
Est-ce là une sorte
d’apologie de l’antihéros?
Mitrani : En fait, il s’agit d’un « héros », parce que vraiment en accord avec sa nature, capable de réfléchir pour, du moins, commencer à changer. Alors que tous les Batman et Capitaine America de ce monde sont des personnages formatés sur mesure, Bertrand, quant à lui, écrit sa propre histoire par son étrange comportement et sa volonté de changer.
Contrairement aux personnages que vous avez incarnés auparavant, celui de Bertrand nous semble le plus complexe. Est-ce le cas ?
Mitrani : On voulait également une vraie maison. Nous avons donc pensé que celle de Laurent correspondait de près à son personnage. Nous avons donc enlevé quelques éléments du décor pour que l’ensemble corresponde à ce que nous avions en tête. En tournant chez lui, Laurent pouvait encore plus entrer dans son personnage, reconnaissant chaque recoin de sa maison. Le film n’avait donc plus de secret pour lui.
Entre le comédien et vous-même, aucun rapport de force, aucune distanciation face à la création.
Mitrani : C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’aime travailler avec Laurent. Ce dernier est en fait un prolongement de ma pensée. Il n’a point besoin de trop d’explications et va droit au but. Dans un sens, les bons acteurs sont ceux qui arrivent à se caler sur le tempérament du réalisateur.
Ce qui équivaut sans doute à ce besoin primaire de parfois faire face à certaines situations.
Mitrani : Effectivement. C’est cet assemblage de presque naïveté et de naturel qui donne le sens au comportement de certains individus affectés. À mesure qu’on construisait le personnage de Bertrand, on commençait petit à petit à lui pardonner, à ne pas lui en vouloir. À nos yeux, et j’espère aussi aux yeux des spectateurs, il devenait simplement un personnage en déroute qui essaie de s’en sortir.
![]() |
| Laurent Lucas dans Le Militaire |
Mitrani : En fait, il s’agit d’un « héros », parce que vraiment en accord avec sa nature, capable de réfléchir pour, du moins, commencer à changer. Alors que tous les Batman et Capitaine America de ce monde sont des personnages formatés sur mesure, Bertrand, quant à lui, écrit sa propre histoire par son étrange comportement et sa volonté de changer.
Contrairement aux personnages que vous avez incarnés auparavant, celui de Bertrand nous semble le plus complexe. Est-ce le cas ?
Mitrani : On voulait également une vraie maison. Nous avons donc pensé que celle de Laurent correspondait de près à son personnage. Nous avons donc enlevé quelques éléments du décor pour que l’ensemble corresponde à ce que nous avions en tête. En tournant chez lui, Laurent pouvait encore plus entrer dans son personnage, reconnaissant chaque recoin de sa maison. Le film n’avait donc plus de secret pour lui.
Entre le comédien et vous-même, aucun rapport de force, aucune distanciation face à la création.
Mitrani : C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’aime travailler avec Laurent. Ce dernier est en fait un prolongement de ma pensée. Il n’a point besoin de trop d’explications et va droit au but. Dans un sens, les bons acteurs sont ceux qui arrivent à se caler sur le tempérament du réalisateur.
Lucas : Je partage le même avis. Il s’agit en quelque sorte
d’un effet miroir, parfois nécessaire pour que le projet arrive à point.
Mitrani : J’ajouterais que c’est aussi ce qui explique qu’au contraire d’un scénario de 95 pages bien ficelé, nous avons opté pour presque 30 pages qui réunissaient les conditions nécessaires à l’élaboration d’un film qui s’est également construit par les échanges d’idées entre Laurent et moi-même.
Lucas : En effet, j’ai souvent joué des personnages en plein glissement, à la dérive, mais ce qu’il y a d’impressionnant chez Bertrand, c’est que sa folie est montrée dès le premier plan. Dans ce sens, il me paraît encore plus rigoureux, d’autant plus qu’il est de toutes les séquences. Le film ne lui laisse aucun moment de répit.
Et pourtant, le refus du rapport à l’autre confirme également le refus de la corporalité.
Lucas : Finalement, Bertrand est un pervers formé par la force des choses. Il n’a pas su évoluer dans la difficile étape de se rapporter à l’autre. Il est si replié sur lui-même qu’il se sent incapable de voir sa propre image.
Malgré les propos exprimés plut tôt, la caméra à l’épaule entraîne nerveusement le personnage de Bertrand vers l’abîme.
Lucas : En plus, j’étais souvent filmé en gros plan. Pour faciliter mon travail, je pensais aux toiles de certains grands maîtres. Entre la caméra et moi, il s’agissait d’une sorte de création artistique en pleine gestation.
Et entre Bertrand et la religion, il existe un étrange rapport. Les séquences de spiritualité sont celles où le personnage trouve enfin une certaine forme de sérénité, même si éphémère.
Mitrani : La question de la religion est très importante dans le film. Le rapport à Dieu devient, par moments, la base morale autour de laquelle agit Bertrand. Chez lui, la raideur et la rigueur de son passé militaire laissent parfois la place au recueillement. Mais cela ne l’empêche guère de s’intéresser à la femme, même s’il l’exprime de façon gauche.
Dans la mouvance du nouveau cinéma québécois, où pensez-vous vous situer ?
Mitrani : Tout d’abord, je ne me sens pas étranger, même si je suis d’origine française. Mais dans le même temps, le cinéma, pour moi, n’appartient en quelque sorte à aucune nation. Le discours cinématographique, surtout en ce qui a trait au cinéma d’auteur, est de facture universelle. Au fond, peu m’importent les fausses étiquettes.
Mitrani : J’ajouterais que c’est aussi ce qui explique qu’au contraire d’un scénario de 95 pages bien ficelé, nous avons opté pour presque 30 pages qui réunissaient les conditions nécessaires à l’élaboration d’un film qui s’est également construit par les échanges d’idées entre Laurent et moi-même.
Lucas : En effet, j’ai souvent joué des personnages en plein glissement, à la dérive, mais ce qu’il y a d’impressionnant chez Bertrand, c’est que sa folie est montrée dès le premier plan. Dans ce sens, il me paraît encore plus rigoureux, d’autant plus qu’il est de toutes les séquences. Le film ne lui laisse aucun moment de répit.
Et pourtant, le refus du rapport à l’autre confirme également le refus de la corporalité.
Lucas : Finalement, Bertrand est un pervers formé par la force des choses. Il n’a pas su évoluer dans la difficile étape de se rapporter à l’autre. Il est si replié sur lui-même qu’il se sent incapable de voir sa propre image.
Malgré les propos exprimés plut tôt, la caméra à l’épaule entraîne nerveusement le personnage de Bertrand vers l’abîme.
Lucas : En plus, j’étais souvent filmé en gros plan. Pour faciliter mon travail, je pensais aux toiles de certains grands maîtres. Entre la caméra et moi, il s’agissait d’une sorte de création artistique en pleine gestation.
Et entre Bertrand et la religion, il existe un étrange rapport. Les séquences de spiritualité sont celles où le personnage trouve enfin une certaine forme de sérénité, même si éphémère.
Mitrani : La question de la religion est très importante dans le film. Le rapport à Dieu devient, par moments, la base morale autour de laquelle agit Bertrand. Chez lui, la raideur et la rigueur de son passé militaire laissent parfois la place au recueillement. Mais cela ne l’empêche guère de s’intéresser à la femme, même s’il l’exprime de façon gauche.
Dans la mouvance du nouveau cinéma québécois, où pensez-vous vous situer ?
Mitrani : Tout d’abord, je ne me sens pas étranger, même si je suis d’origine française. Mais dans le même temps, le cinéma, pour moi, n’appartient en quelque sorte à aucune nation. Le discours cinématographique, surtout en ce qui a trait au cinéma d’auteur, est de facture universelle. Au fond, peu m’importent les fausses étiquettes.
SÉQUENCES 290 | MAI — JUIN 2014, pp. 36-38.
jeudi 3 juillet 2014
Sur la trace d'Igor Rizzi parmi les 50 meilleurs films canadiens
Voici la liste établie par la Cinémathèque Québécoise:
http://www.amazon.ca/gp/feature.html?ie=UTF8&docId=1001260241
mardi 24 juin 2014
ザ・バレット, L'Affaire Kate Logan au Japon
samedi 7 juin 2014
Le Militaire en couverture de Séquences
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| Le Militaire. Séquences, mai-juin 2014 |
Le Militaire
11 mai 2014
JOURNAL DE COMBAT
Élie Castiel
CRITIQUE
★★★★
Du moins en apparence, le nouveau film
de Noël Mitrani est un essai freudien sur l’abandon de soi, notamment
sur le plan psychologique. Une sorte de délire incessant qui s’empare du
(quasi) unique personnage du film pour ne plus le lâcher, sortant ses
tentacules pour mieux le dominer, pour s’assurer qu’il n’a aucun
contrôle sur sa vie. Bienvenue dans l’univers de l’étrange, un
territoire troublant où la nature même du protagoniste est sublimée,
justement en raison de sa différence. C’est un personnage
cinématographique hors-norme et, dans le même temps, d’une puissance
photogénique inégalée et paradoxalement charismatique face à la caméra.
Le cinéma d’auteur aime la différence. Pour les cinéphiles et les critiques, Le Militaire – après le très prometteur Sur les traces d’Igor Rizzi (2006) et le plutôt consensuel The Kate Logan Affair (2010) – est une surprise de taille qui permet au réalisateur d’entreprendre un nouveau virage, dangereux, certes, quitte à y laisser sa peau. Car dans Le Militaire, tout le film est un risque : risque de décevoir, d’aborder singulièrement un sujet atypique normalement privilégié par un certain cinéma de genre grand public, mais aussi risque de filmer en super 16 mm comme s’il s’agissait d’un acte de provocation face aux nouvelles plateformes de tournage. Inconsciemment ou pas, un geste politique qui se traduit par le refus total d’assimilation.
Mitrani craignait l’image granuleuse, imparfaite. À en juger par le résultat, on s’aperçoit qu’elle était nécessaire dans le sens qu’elle épouse parfaitement bien la nature du personnage de Bertrand. Justement, Bertrand, Français d’origine, a servi en Afghanistan – d’où les souvenirs qui reviennent souvent à la surface et qui permettent au directeur photo Bruno Philip d’inventer des plans magnifiquement élaborés, parfois nets, parfois tortueux, en dialogue respectueux avec le sujet filmé.
Du conflit armé, Bertrand est sorti physiquement handicapé de la jambe gauche et psychologiquement affecté. Installé à Montréal, ses jours et ses nuits sont un continuel combat pour échapper à la dérive et à la descente aux enfers. Il est également obsédé par sa santé (le diabète et la haute tension artérielle) et s’en remet à Dieu (ou à son journal enregistré ou écrit) pour résister à tous ces maux qui le tenaillent.
Très vite, après les premières images où on apprend à connaître ce survivant de la tourmente, on se rend compte que son handicap dépasse le côté physique : comment réapprendre à aimer les femmes ? Son rapport avec elles est de l’ordre du fantasme, se traduisant par une série de jeux de cartes licencieux, des clichés de femmes nues qu’il collectionne ou des présences féminines qu’il photographie avec son portable, à leur insu, au cours de ses rares sorties. Ses rapports amoureux sont virtuels et se conjuguent à la première personne, totalement déconnectés de la réalité. Il y a sans doute dans son comportement le regard que pose le cinéaste sur certaines relations hommes/femmes d’aujourd’hui, sur des individus qui ont remplacé le rapport direct à l’autre en s’appuyant sur la technologie.
Mais il n’y a pas que cela. Pour Mitrani, c’est avant tout l’aventure que représente le plan qui le séduit; ce rapport moral et éthique au filmé se présente comme une profession de foi, un manifeste qui clame sa liberté de tourner sans compromis, sans vouloir épater le public, quitte à en payer le prix. Et c’est justement cette détermination, cette fermeté de caractère et cet acte de ténacité qui constituent l’originalité d’un projet hors-norme filmé avec une caméra subjective volontairement envahissante. À tel point que le comédien, inconscient qu’un objectif l’épie sans cesse, habite le rôle comme s’il s’agissait d’une seconde nature.
Et puis, comme par miracle, une promesse de rédemption avec la redécouverte de la femme, la rencontre avec Audrey (magnifiquement belle Noémie Godin-Vigneau) qui, comme par magie, allume en lui les anciens codes de la drague.
Mais dans la vie de Bertrand, Audrey est une apparition furtive qui ne peut se matérialiser, un visage que l’on croise par hasard, un corps qui s’offre dans son imaginaire, une possibilité de renouer avec la vie. Les quelques mots échangés, des paroles parfois confrontationnelles et ce soudain rapport physique à l’autre non consommé rendent l’histoire d’amour impossible, mais émouvante par son refus de se manifester.
Et c’est à ce moment que Mitrani refuse le compromis, évitant de capituler face à son projet initial. Et comme fin (que nous ne dévoilerons pas), une idée qui le place dans le rang des humains. Avec Le Militaire, Noël Mitrani propose l’un des plus beaux gages sincèrement cinématographiques québécois de l’année.
Séquences, La revue de cinéma, n° 290, mai-juin 2014, Élie Castiel, p.35.
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